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Les 100 kilomètres de la Somme

23 janv.
3 min de lecture

Une ligne droite, un combat intérieur, un souvenir gravé

Il y a des courses que l’on oublie vite. Et puis il y a celles qui restent, longtemps, parfois pour toujours. Pour moi, les 100 kilomètres de la Somme font clairement partie de cette deuxième catégorie.

Pas seulement parce que c’est une course emblématique de l’ultra-route français. Mais parce que c’est mon record personnel sur 100 km : 12h39. Et surtout, parce que cette épreuve raconte beaucoup plus qu’un chrono.


Un départ au cœur d’Amiens

Tout commence au parc de la Hotoie, à Amiens.Un lieu calme, presque paisible, qui contraste déjà avec ce qui attend les coureurs.

Le parcours débute par un aller-retour d’environ 25 à 27 kilomètres, une boucle qui ramène au parc.Une première phase encore relativement fraîche, où le corps répond, où l’on se sent capable de tout, ou presque.On gère, on se surveille, on se retient même parfois.

Puis vient le vrai départ de la course.


Le long ruban de la Somme

À partir d’environ le 25ᵉ kilomètre, on quitte Amiens pour longer la Somme. Une piste cyclable très plate, presque parfaitement droite, qui va devenir le décor principal de la journée.

C’est là que commence cette longue progression linéaire, hypnotique.

On avance jusqu’à un demi-tour situé juste avant le 60ᵉ kilomètre, avant de revenir progressivement vers le parc de la Hotoie.

Sur le papier, le profil est idéal :

  • pas de dénivelé

  • un revêtement roulant

  • des conditions parfaites pour tenir une allure régulière

Mais sur le terrain, cette platitude constante devient un piège mental.

Exemple :

Quand la monotonie s’installe trop tôt

Je me souviens très bien de ce moment, autour du 40ᵉ kilomètre. Un moment où, objectivement, il reste encore beaucoup de ressources…mais où la tête commence déjà à fatiguer.

C’est long. C’est monotone. Les kilomètres défilent lentement, sans variation, sans rupture. Et pour la première fois, une pensée dangereuse apparaît : « Pourquoi continuer ? »

Physiquement, les sensations ne sont déjà plus très bonnes. Et mentalement, l’envie de s’arrêter est là, bien réelle.

Le soutien qui change tout

Et puis il y a ce moment clé. Sur le parcours, je croise ma femme, Morgane.

Un regard. Une présence. Un rappel silencieux de pourquoi je suis là.

Ça paraît simple, presque banal, mais à cet instant précis, cela me redonne l’envie d’aller plus loin. Pas plus vite. Juste plus loin.

Et en ultra, c’est souvent tout ce dont on a besoin.


Le corps dit non

Avant d’atteindre le deuxième demi-tour vers Pont-Saint-Rémy, les choses se compliquent sérieusement. Des nausées apparaissent. Le corps commence à envoyer des signaux clairs : il souffre.

À partir de là, la course devient une lutte permanente. On ne court plus vraiment contre le chrono, mais contre soi-même. Chaque kilomètre est négocié. Chaque décision compte.


Le ravitaillement du 80ᵉ kilomètre : l’arrêt qui fait mal

Vers le 80ᵉ kilomètre, un ravitaillement propose même des massages. Je m’arrête.

Sur le moment, c’est un soulagement. Mais repartir…Repartir est extrêmement dur.

Les muscles refroidissent. La douleur, elle, ne disparaît pas. Il faut se faire violence, une fois encore, pour remettre un pied devant l’autre.


Les derniers kilomètres : la surprise de l’ultra

Et pourtant…Comme souvent en ultra, quelque chose se passe sur la fin.

À 5 kilomètres de l’arrivée, un regain d’énergie inattendu apparaît. Pas une euphorie totale, mais suffisamment pour avancer, pour sentir que l’arrivée est possible, réelle, proche.

Le parc de la Hotoie réapparaît enfin. La boucle se referme. Les 100 kilomètres sont terminés.


Une arrivée conviviale… et brutale

L’ambiance est chaleureuse, conviviale, presque familiale. On me remet la bière du finisher, ce symbole simple mais précieux.

Mais mon corps est allé trop loin. Il est totalement éprouvé. La bière ne reste pas. Elle repart aussitôt.

Même ça fait partie du souvenir.


Ce que je retiens

Les 100 kilomètres de la Somme, ce n’est pas une course spectaculaire. Ce n’est pas une course montagneuse, ni technique. C’est une course droite, plate, exigeante mentalement, où le vrai adversaire est la répétition.

Mais c’est aussi une course :

  • idéale pour se tester

  • parfaite pour apprendre la gestion

  • et capable de marquer profondément un coureur

Pour moi, elle restera associée à :

  • un record personnel en 12h39

  • une lutte intérieure constante

  • et un souvenir humain fort, notamment grâce au soutien de Morgane

Une course qui ne cherche pas à impressionner, mais qui, une fois terminée, ne s’oublie pas.

 
 
 

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